TERROIRS ET GRANDS VINS
| LES ORIGINES D'UN GRAND
VIN |
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Le grand vin, si convoité
et apprécié en ce début de millénaire,
trouve ses origines dans l'équilibre subtil de trois facteurs.
Contrairement aux vins de marques, ou de cépages dans de
nombreux pays du nouveau monde, qui sont parfois brillants et élégants,
mais qui manquent bien souvent de style ou d'identité, nous
parlerons ici des vins qui expriment un terroir.
Le sol tout
d'abord, qui permet d'exprimer la typicité aromatique, le
fameux goût de terroir. Un sol pauvre, caillouteux, de graves
en bordelais, fait souffrir la vigne qui produit peu et qui, par
là-même, donne beaucoup de concentration aux raisons.
Par ailleurs, un tel sol est souvent plus chaud car sec grâce
au drainage des galets et donc proprice à une bonne maturation
et concentration de la récolte.
Le climat de la région
ensuite détermine les variations d'années en années,
c'est l'effet millésime. Au niveau de chaque
château et de chaque parcelle, le microclimat favorise des
particularités. Celles-ci sont dues à la proximité
d'un bosquet humide, d'un courant d'air asséchant ou d'une
exposition privilégiée sur un coteau. C'est ainsi
que d'une mosaïque particulière prend naissance la personnalité
de chaque cru.
Les microclimats peuvent également donner l'opportunité
de conduire des vinifications particulières. C'est ainsi
que l'alternance de nuits humides engendrées par les eaux
fraîches du Ciron, un petit affluent de la Garonne, et les
journées sèches en Sauternais, permettent la
vendange de grains nobles. Il s'agit de cette pourriture
galopante en matinée, stoppée net par l'assèchement
des rayons du soleil en journée. Sous ce double effet, la
peau du raisin est partiellement détruite et le champignon
n'a pas le temps, dans les années favorables, de donner de
mauvais goût au raisin, mais au contraire, nous offre concentration
et des arômes spécifiques miellés.
Le dernier facteur
de qualité tient à son vinificateur
et à son savoir-faire pour mettre en valeur ces conditions
de terroir. Il doit savoir allier les méthodes traditionnelles
héritées de ses prédécesseurs dans le
chai et sa propre patte qui doit reposer sur une juste intuition
suggérée par des bases solides en oenologie.
Il ressort de ces considérations
qu'il ne peut y avoir de grand vin sans grand raisin et un esprit
passionné à l'écoute de son terroir et des
techniques les plus appropriées en vinification pour en exprimer
la richesse. |
| LE TRAVAIL DE LA VIGNE |
Croissance et maturité
Les soucis du vigneron ont commencé
après la taille méticuleuse en hiver.
On a coutume de dire que le plus souvent, quantité et qualité
s'opposent. D'où la notion de rendement maximal autorisé
qui varie selon les appellations. Le repos végétatif
s'appelle la dormance. Les froids suivis du cumul
des températures printanières entraînent la
levée de dormance et les premières montées
de sève qui pleurent par les plaies de taille.
Le débourrement est une période de
fébrilité pour le vigneron qui peut voir griller ses
bourgeons par une gelée de printemps. La floraison
est là encore une période déterminante pour
la qualité du millésime. Un temps sec et légèrement
venteux permet une bonne diffusion du pollen et une bonne fertilité.
Le passage du stade herbacé de la grappe à celui de
coloré pour les cépages rouges, marque le début
de la maturité du fruit par l'accumulation
de sucres et de couleur dans les raisins. La dernière ligne
droite est alors entamée et de la météo de
la fin de maturité dépendra souvent la qualité
du millésime.
Après les contrôles de maturité à la
parcelle, qui permettent de savoir comment a mûri le raison,
le vigneron s'intéresse à la pruine,
cette pellicule blanchâtre et farineuse. C'est elle qui renferme
les levures dont on aura besoin pour mener la fermentation, des
bactéries, des champignons.
Quand on approche de la maturité phénolique, c'est-à-dire
de la maturité des tanins, après
la maturité technologique, celle liée à la
présence de sucre dans le raisin, cette pruine disparaît
et se transforme en une sorte de pellicule huileuse qui indique
l'approche de la maturité qui apportera assez de couleur
et de souplesse en bouche. |
| VENDANGES ET NAISSANCE
D'UN VIN |
Les vendanges
La vendange à
la main est la meilleure, aujourd'hui on a des machines
très sophistiquées qui limitent les dégâts,
cependant dans les grands crus on continuera, tant qu'on pourra,
à vendanger à la main. La vendange est le premier
acte oenologique précédant la vinification. Il doit
être précis, méticuleux et raisonné pour
garantir la meilleure expression du terroir dans les conditions
particulières de chaque millésime. Il ne peut
y avoir de grand vin sans grand raisin !
Les origines de la couleur
Une expérience intéressante
consiste à prendre un grain de raisin, le détacher
et le presser sur la main, vous extrayez la pulpe et les
pépins qui sont incolores alors que ce qui vous
tache la main, c'est la peau du raisin.
Pour faire du vin rouge, il faut laisser macérer cette peau
pour extraire les tanins et la couleur.
Les grands vins blancs n'ont que peu de tanins. Seuls certains grands
vins type les grands Bourgogne ou certains Pessac-Léognan
(en blanc) bénéficient d'un élevage sous bois
qui leur permet d'acquérir les tanins du chêne qui
donnent en bouche de la mâche et de l'aptitude au vieillissement.
On prive les vins blancs de tanins en première
manipulation dès l'arrivée au chai en pressant le
raisin délicatement et en séparant ainsi le
jus des peaux.
A la différence des vins blancs, les vins rouges trouvent
leur équilibre structure/fruit dans la présence des
fameux tanins qui proviennent de l'extraction de la peau, de la
pellicule des raisins qui macèrent dans la cuve et en quelques
jours, voire quelques semaines de cette sorte d'infusion, on arrive
à extraire la couleur et les tanins qui sont dans la peau
du raisin.
L'arrivée du raisin
au chai
La vinification
correspond à l'assistance et aux contrôles,
essentiellement gustatifs qu'exerce l'homme pour accompagner
le phénomène naturel de transformation du raisin en
vin. Les moyens traditionnels qui ont fait leurs preuves et les
techniques le plus modernes se côtoient souvent. Dans tous
les cas, les vinificateurs sont aujourd'hui éclairés
par des connaissances fines en oenologie et donc aptes à
choisir les bons gestes du passé, éventuellement appuyés
par l'efficacité de technologies modernes.
Après l'égrapage, le raisin est mis en cuve, assemblé
par cépage, par homogénéité de parcelles,
d'âges ou caractéristiques comparables afin de créer
une palette permettant de choisir ultérieurement un assemblage
judicieux de cuvées.
La cuve peut alors entrer en activité
par la fermentation alcoolique. Il s'agit de la transformation des
sucres du raisin en alcool grâce à des levures. Ce
sont des micro-organismes présents sur la pruine de la peau
du raisin.
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Remontages, macération
et températures
On pompe quotidiennement du vin
au bas de la cuve pour le pulvériser avec des asperseurs
au-dessus du chapeau où flottent les peaux et les pépins,
afin de les drainer et de les lessiver. On surveille et l'on intervient
si besoin sur la courbe de température qui augmente naturellement
puisque la fermentation est une réaction qui dégage
de la chaleur.
Pressurage et fermentation
malo-lactique
Vient alors le moment de cesser
la macération. L'art du vinificateur est de trouver chaque
année le juste équilibre avec assez
de structure pour permettre à son vin d'acquérir un
bon potentiel au vieillissement, sans pousser l'extraction trop
loin vers un caractère de dureté difficile à
fondre dans le temps.
Le vin de goutte est alors écoulé. La phase solide,
le marc, composé des peaux et des pépins est retiré
de la cuve pour être pressé afin de récupérer
davantage de vin : le vin de presse.
A ce stade le vin est terminé : il a sa couleur, son alcool,
son acidité, ses tanins et ses arômes, mais une seconde
fermentation se produit : la fameuse fermentation malo-lactique.
On va maintenir le vin à 20°. L'intérêt
est de passer d'un acide malique assez dur et vif en acide lactique
qui est plus souple, c'est une fermentation d'achèvement.
Pour cela, ce ne sont pas des levures qui interviennent, ce sont
des bactéries.
Les assemblages
Les vins de Bordeaux sont
des vins d'assemblage. Pour les rouges, les trois cépages
dominants sont le cabernet-sauvignon, le cabernet franc et le merlot.
Pour les blanc ce sont le sauvignon, le sémillon et la muscadelle.
L'assemblage est une suite de dégustations à l'aveugle
pour déterminer le meilleur produit final.
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La garde du millésime
Le vinificateur
ne fait qu'accompagner un processus naturel, ne fait
que guider la vinification et aujourd'hui avec les connaissances
oenologiques, fort de nos connaissances sur la qualité
du raisin, sur les objectifs à atteindre et tous les
moyens de contrôle et de suivi en vinification, on comprend
que l'on peut quasiment faire chaque année du bon vin.
Cela veut dire qu'on peut optimiser la qualité du raisin,
arriver à un bon produit chaque année. Cependant
il persiste toujours des différences entre les grandes
années etles petites années. Les grandes
années, c'est quand on a du bon raisin, on
peut extraire beaucoup et faire un vin riche et puissant,
donc apte à vieillir longtemps alors
que les petites années, ce sont des années où
l'on a eu des problèmes climatiques, de la dilution,
de la pluie, des maladies, on a pu extraire moins de choses,
mais on sait extraire en équilibre, on fait donc de
bons vins mais moins aptes à vieillir. |
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Source
Henri Faivre, oenologue |
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